1 — L’INTENTION DE CHACUN DES ARTISTES,
LE BUT DE LEUR CREATION ARTISTIQUE
L’abondante œuvre musicale de Messiaen n’a,
d’après lui, aucun autre but que de louer la création
et Dieu son créateur. Croyant ébloui par l’infinité
de Dieu, Messiaen conçoit donc toute sa musique comme
un louange à la création. Le musicien n’est
pas seulement sensible au chant des oiseaux dans cette nature
qu’il aime intensément, mais aussi à la
beauté des paysages du monde entier (ceux de la France,
du Grand Ouest américain ou du Japon, par exemple). Il
admire une nature où l’homme n’est pas forcément
présent. Quelques-uns de ses titres d’œuvres
illustrent cette fascination :
- « Des Canyons aux étoiles » de 1937
- « Chants de la terre et du ciel » de 1938
- « Réveil des oiseaux » de 1953-1988
Quant à Raphy, il déclare lui-même : «
Ma peinture est d’abord c’est-à-dire avant
tout, un hymne à la nature. La nature, c 'est bien sûr
l'’univers tout entier : lumière, matière,
vie. » Le thème central du travail de Raphy
est en effet l’origine de la vie, la création du
monde à laquelle il a consacré un triptyque
:
Le thème du cosmos avec tous ses éléments
et toutes ses forces se retrouve dans beaucoup de ses tableaux
: par exemple, la lumière, les étoiles («
La naissance des étoiles » 1977-78), la lune (série
de plusieurs toiles : « La lune m’a dit un jour.
.. »), la mer (son œuvre compte de nombreuses marines),
le vent, l’orage (« Qu’éclate l’orage,
et que gronde le tonnerre » de 1975-1976, etc).
Ces motivation et thématique communes révèlent
une dimension cosmique de la peinture de Raphy, de la musique
de Messiaen. Il faut faire, bien entendu, une distinction entre
Messiaen qui se définit comme un musicien théologique
dont le tempérament est profondément enraciné
dans une catholicité très stricte et dogmatique,
d’une part, et Raphy, d’autre part, qui envisage
la religion dans un sens beaucoup plus large, je crois. Toutefois,
il est indéniable que les sujets se rattachant à
la religion chrétienne sont présents pour tous
deux.
Les toiles de Raphy évoquent le mystère de la
foi « Homme
de peu de foi », les miracles « Saint François
d’Assise prêchant aux oiseaux », « Saint
Antoine de Padoue prêchant aux poissons » -
sujet d’une série de huit toiles —, de la
guérison « Le chant de la guérison »,
« Va,
sois guéri, tes péchés te seront pardonnés
» de 1973-1974, de la résurrection, du paradis
« Paradis
pour mes parents ».
Il en est de même pour Messiaen dont l’œuvre
foisonne de thèmes bibliques, pour ne citer que :
- « Résurrection » (titre identique à
celui toile de Raphy),
- « L’Ascension » (1933-34),
- « La Nativité du Seigneur »,
- « Messe pour la Pentecôte » (1950),
- « Quatuor pour la fin du Temps » (œuvre écrite
en 1940 dans le camp de prisonniers de Görlitz),
- « Et exspecto resurrectionem mortuorum » (œuvre
datant de 1964 et commandée par A. Malraux à la
mémoire des disparus des deux guerres mondiales),
- « Eclairs sur l’au-delà » de 1988-91.
Pour continuer à illustrer cette parenté entre
les deux artistes, je voudrais mentionner dans ce contexte la
figure de saint François d’Assise qui a inspiré
à Messiaen son seul opéra et à Raphy une
toile portant le même titre. Il n’est bien sûr
pas question de comparer l’œuvre monumentale en 3
actes et 8 tableaux du musicien avec l’unique tableau
de Raphy sur le même personnage. Si Raphy a réalisé
sa toile en 1973-74 et Messiaen commencé son œuvre
gigantesque en 1975 (qu’il termine en 1983), il s’agit
sans doute d’une coïncidence de dates.
Il est beaucoup plus significatif de souligner que Messiaen
a été marqué par plusieurs tableaux lors
de la genèse de son opéra.
Citons trois sources censées l’avoir influencé
:
1 - « Le
Sermon aux oiseaux » par Ambrogio Bondone dit Giotto
Le tableau se trouve à la basilique Saint-François
à Assise où Messiaen s’est rendu pour connaître
les lieux avant de se mettre à composer. L’œuvre
une fois achevée comporte 3/4 d’heure de musique
d’après ce sujet.
2 - La gravure de Maurice Denis « Saint
François en prière et un ange jouant du violon
» qui a impressionné le musicien. En effet, l’opéra
culminera avec la scène de l’ange musicien qui
fait entendre à saint François la musique céleste.
3 - «L’ Annonciation
» par Guido di Pietro dit Fra Angelico se trouvant au
musée Saint-Marc à Florence. L’ange de ce
tableau a servi de modèle à Messiaen pour les
costumes : la couleur de la robe de l’ange et les ailes
quinticolores sont celles adaptées pour la scène.
Quant à Raphy, c’est la musique de Liszt («
Légende de Saint François d’Assise »
- pièce pour piano) qui l’a inspiré pour
peindre sa toile. On constate donc que le lien entre musique
et peinture est indéniable chez l’un comme chez
l’autre.
II - LES OISEAUX

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